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COLUMBINE

ADIEU BIENTÔT  BONJOUR SUCCES

LE GROUPE RENNAIS DE RETOUR AVEC UN TROISIEME ALBUM

· Clément Damay

De Clubbing for Columbine à Enfants Terribles, le groupe rennais Columbine a connu une ascension progressive vers le devant de la scène. Le collectif, qui a la particularité d’offrir une musicalité différente de ce qu’il se fait dans ce rap-jeu, mais qui a aussi un univers bien à lui, revient avec un troisième album intitulé Adieu Bientôt.

Connaître Columbine

                Originaire de Rennes, Columbine est un collectif formé en 2014 et composé de huit membres. D’abord les deux principaux piliers qui gèrent la production musicale au nom de Columbine : Foda C et Lujipeka, mais à eux viennent s’ajouter Chaps, Chaman, Sully, Sacha mais aussi Yro (a.k.a Charles Vicomte) ou encore Larry Garcia plus connu sous le nom de Lorenzo. Le collectif tire son nom de la triste fusillade de Columbine de 1999, qui a inspiré le film Elephant, mais Columbine est surtout inspiré de la colombe, cet oiseau qui représente la paix. Ce mix très contrasté aboutit au logo du groupe qui forme une image très forte d’un mélange entre une kalachnikov et une colombe.   

                Avant ce nouvel album, en 2014, le groupe rennais avait sorti un EP intitulé 2k16 dans lequel on retrouve que trois morceaux : Vicomte, Bluray et Fond de la classe, qui annonçait déjà le style décalé du collectif. Le groupe ne tardera pas à sortir son premier album intitulé Clubbing for Columbine en 2016 dans lequel on retrouve des morceaux comme Les Prélis, Dom Pérignon, Fleurs du Mal ou encore Mandragore qui feront les premiers succès du groupe breton. Un an plus tard, un second album vit le jour : il s’agit d’Enfants Terribles, ce second volet propulsa véritablement le groupe rennais sur le devant de la scène qui leur offrit un public encore plus large qu’avant. Sur cet album certifié disque de platine on retrouve des incontournables du collectif : Enfants Terribles, Talkie-walkie, Eté Triste ou encore  Temps Electrique. Par ailleurs, le groupe ne s’est pas empêcher de sortir quelques morceaux en dehors de leurs albums comme Pierre, Feuille, Papier, Ciseaux, qui reste aux yeux de 16 Mesures : un des meilleurs morceaux du groupe.

Analyse d’Adieu Bientôt

                Avant même d’écouter le projet, 16 Mesures fut surpris de découvrir une tracklist de vingt morceaux contre 16 pour Clubbing for Columbine et 13 pour Enfants Terribles, mais surtout de découvrir autant de solo de la part de Foda C et de Lujipeka alors que cela était beaucoup moins fréquent sur les projets précédents.

Alors que certains artistes aiment sortir de leur univers pour en proposer un nouveau, les membres de Columbine ont choisi quant à eux d’approfondir le leur et de faire découvrir de nouveaux endroits à leur public. Cela se produit dès le premier morceau Jrefaiscequejevois. A vrai dire 16 Mesures fut agréablement surpris par l’atmosphère créée dans ce morceau introductif. Il est entièrement chanté et surtout il donne véritablement le ton d’Adieu Bientôt et le trajet vers le nouvel endroit de l’univers du groupe breton. Ce ton est donné aussi dans les deux morceaux qui le suivent, qui furent les deux premiers extraits dévoilés par le groupe : Cache-Cache et Adieu Bientôt. Adieu Bientôt représente un des morceaux que 16 Mesures a préféré de l’album et Cache-Cache quant à lui dévoile une véritable évolution des artistes. Ce morceau qui tout en restant dans ce qu’on connait musicalement du groupe, démontre une approche musicale beaucoup plus professionnelle et travaillée (loin de là une critique des précédents projets mais un constat de leur magnifique amélioration dans le travail et la maîtrise d’un morceau, ndlr).

                L’album s’enchaine alors avec le quatrième morceau Bart Simpson, en référence au célèbre personnage de la série américaine, il s’agit du premier solo de Lujipeka. A la manière du personnage, image même de l’ « Enfant Terrible », Lujipeka explique au micro de 20 minutes, qu’il y a toujours un membre du groupe qui porte un de leurs vêtements avec le logo Columbine comme Bart avec son célèbre t-shirt orange et short bleu. Par ailleurs, il y a une véritable prise de conscience du groupe de leur succès qui divise : soit l’on aime, soit l’on déteste. En effet, leur musicalité particulière est facilement critiquée par les puristes du rap et ils en jouent dans leur morceau « t’aimes pas Columbine mais Columbine est célèbre » dans Cache-Cache ou encore « le groupe le plus détesté » dans ce quatrième morceau.

                Comme le quatrième morceau était un solo de Lujipeka, le cinquième est un solo de Foda C. Ce morceau intitulé Mirador a été un de nos nombreux coups de cœurs de l’album, ce morceau beaucoup plus calme raconte l’histoire d’un homme défoncé en club qui est attiré par une femme mais qui ne peut aller aborder tellement il est dans un état second, ce qui lui provoque des hallucinations et une perte de confiance à l'instar de Johnny Depp dans le film Las Vegas Parano.

Ce morceau s’enchaine avec Borderline, qui raconte lui l’histoire d’un homme qui souffre de troubles de la personnalité borderline, qui sont caractérisés par une impulsivité majeure et une instabilité marquée des émotions, des relations interpersonnelles et de l'image de soi. Les deux morceaux s’accordent parfaitement dans les sujets abordés, d’autant plus que Bordeline de Lujipeka fait une magnifique transition avec le précédent dans les premières paroles du morceau « Dans tous les cas, j'te vois de loin / Car t'es forcément quelque part / On s'attrape demain, là, j'peux pas ». Fait exprès ou non, cela rend un magnifique pont entre les deux morceaux, d’autant plus que les effets de la drogue et les troubles de la personnalité sont parfois étroitement liés.

                Par ailleurs le morceau Labo Photo raconte lui aussi une histoire. Foda C, en compagnie de Sully, parlent d’un photographe qui tombe amoureux de son modèle, une folie amoureuse qui est aussi présente dans Topless de manière positive par Foda C et de manière négative dans le morceau Indochine de Lujipeka. Ce morceau est une référence aux morceaux J’ai demandé à la lune et Trois nuits par semaine. Dans les histoires racontées on a aussi le morceau Stockholm de Foda C, en référence au syndrome du même nom, qui conte l’amour d’un otage envers son geôlier (gardien ou surveillant, ndlr).

                Au-delà, d’excellentes prods pour parfaire les prises de voix des membres, qui grâce à une maitrise de l’autotune peuvent se permettre des morceaux plus chantés que rappés, les couplets de Teen Spirit, qui réunit Lujipeka et Chaman, rappellent qu’ils savent aussi très bien rappés sur une prod. A noter que la mélodie du refrain a été un véritable coup de foudre pour nous, d’autant plus qu’ils font référence au mythique morceau de Nirvana : Smells Like Teen Spirit.

                Mais aussi tout au long de cet album on a un véritable champ lexical de la violence et des armes. Mais attention, cela n’a aucun rapport avec les tueries de Columbine ou autres véritables violences physiques, ici le champ lexical est toujours employé pour désigner soit des violences psychologiques ou sentimentales. Par exemple, dans En vain, lorsque Lujipeka revient sur sa vie en se rappelant des souvenirs et des moments compliqués.

                Par ailleurs, tout au long de l’album on a des clins d’œil aux précédents projets, dans Boite Noire : « On était 1000 on est un milliard » ou encore « Je dis adieu à mon Château d'sable », ce qui marque cette évolution du groupe rennais.

                Mais alors qu’on s’attendait au moins à une interlude comme Mode avion, on découvre finalement dans le morceau Biographie, des extraits vocaux entre Foda C et son petit frère, ce morceau formera à nos yeux un véritable chef d’œuvre autant par sa sensibilité que par la puissance qu’il dégage.

                Bien qu’ils soient souvent en solo sur les morceaux cela n’empêche pas Foda C et Lujipeka de se réunir sur certains. Notamment le morceau La gloire ou l’asile avec une magnifique mélodie lors du refrain, où ils nous parlent de leur lien avec la célébrité qui peut être parfois difficile à gérer, un thème aussi raconté dans le merveilleux et puissant Âge d’or de Foda C. Le terme « asile » vient par ailleurs faire écho au morceau Le bal des fous de Lujipeka, qu’il a interprété au micro de notre confrère du Règlement. Ensuite on les retrouve tous les deux sur l’excellent morceau Virgin Suicide, sur le super morceau Brûler en compagnie de Chaman et sur l’ultime morceau du projet : Puzzle en guise de conclusion de l’album.  

                Pour conclure, ce troisième album de Columbine est une véritable réussite à la fois d’un point de vue musical avec des morceaux beaucoup mieux construits mais aussi avec une meilleure maitrise de leur univers ainsi que des superbes mélodies. Mais c’est surtout une véritable réussite dans les retours, à notre échelle, cet album a divisé les avis pour savoir quel était le meilleur morceau. Alors que dans certains projets, on distingue les meilleurs morceaux, dans celui de Columbine, chacun à son morceau préféré et rien que pour cela, bravo, car chacun peut s’identifier à sa manière dans cet album.

5 Punchlines d’Adieu Bientôt sélectionnées par 16 Mesures

« J'suis détestable : j'suis l'auto-portrait de la planète. » - Adieu Bientôt, Foda C

« Amour mort, toujours en vie

Enterré dans ma tête » - Labo Photo, Sully

« J'appuie sur ton clit' comme on appuie sur play » - Teen Spirit, Lujipeka

« Je sors le coeur capuché, pour pas qu’on me reconnaisse » - Âge d’or, Foda C

« Les poings ensanglantés, parce-que la vie c'est dur

Mais bon c'est beau la vie, c'est mieux quand elle est pure » - En vain, Lujipeka

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