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S.Pri Noir ou le Cavalier Noir au Masque Blanc

· Clément Damay

Trois ans après son dernier projet Le Monde ne suffit pas, S.Pri Noir débarque avec son premier album qui s’intitule Masque Blanc, un album riche de 22 titres dont 5 featurings. Trois années d’absence de projets personnels, ce qui n’a pas empêché S.Pri Noir d’être très présent sur la scène du rap.

Connaitre S.Pri Noir

Voilà maintenant quelques années que S.Pri Noir est devenu un des visages incontournables du rap français. S.Pri Noir fait partie des rares rappeurs à ne pas avoir voulu divulgué son âge. S.Pri a passé son adolescence dans le 20ème arrondissement. A 17 ans, il va faire ses premières rimes et prendre le pseudo « S.Pri Noir » en référence à sa couleur de peau et son côté réfléchi.

S.Pri Noir se démarque des autres rappeurs de sa génération par sa fine plume et par sa manière de poser sur les instrus, en mélangeant son style d’écriture, sa manière de kicker tout en jouant aussi sur les modificateurs de voix. Ce mélange apporte un rap cuisiné à la vapeur américaine, qui est une grande source d’inspiration du rappeur sénégalais, et à la chaleur de la rythmique africaine qu’on retrouve dans ces morceaux.

Avant la sortie de son premier album Masque Blanc, S.Pri Noir avait sorti deux projets, Licence to Kill en 2014 et Le Monde ne suffit pas en 2015 sur lequel on retrouve notamment le titre La Nuit avec May Hi (lien vidéo). Entre temps, l’artiste a souvent été invité sur de nombreux projets, ceux de Nekfeu avec les célèbres Ma Dope (lien vidéo) ou Saturne, sur Demande-moi avec Still Fresh (lien vidéo), ou encore sur chacun des volets de la trilogie des Dieu Bénisse Supersound de Sneazzy avec Okkk (lien vidéo), Evite-là (lien vidéo) et Everyday (lien vidéo), sans compter sa présence sur les récents projets de Lefa, Dadju ou encore Black M. Tout en partageant la scène de la tournée S&S Tour avec Sneazzy, l’ancien double champion de France de football américain est aussi devenu l’égérie de la marque Adidas.

Analyse Masque Blanc

Trois années après son projet Le Monde ne suffit pas, S.Pri Noir débarque avec un album intitulé Masque Blanc, un titre en référence à l’œuvre littéraire de Frantz Fanon : Peau noire, masques blancs. Ce livre parle de l’identité noire, sujet que l’on retrouve en version plus élargit dans l’album : l’identité des hommes et leur faculté à pouvoir changer de masque identitaire en fonction du lieu où ils se trouvent ou des personnes avec qui ils sont.

Ce premier album est riche de 22 titres dont 6 d’entre eux ont été clippé sur une durée d’un an avant la sortie officielle de l’album. Ce choix de ce volumineux album est une volonté de ne pas décevoir ceux qui l’écouteront et surtout pour éviter un effet de non-surprise avec la présence des nombreux morceaux déjà clippés.

Cet album composé de 22 titres en streaming et seulement 21 sous forme physique, est un album diversifié. En effet, comme dans ses précédents projets, S.Pri Noir nous démontre une fois de plus sa qualité de kickeur dans plusieurs morceaux. Tout d’abord dans Nymeria, qui est à la fois une référence au loup géant d’Arya Stark dans Game of Thrones mais aussi l’introduction du projet avec un couplet simple. Mais aussi dans Highlander, où l’artiste a révélé au micro d’OKLM que ce morceau avait connu 30 versions différentes. Highlander est en référence au film du même titre avec Christophe Lambert et Sean Connery et signifie « guerrier immortel », mais ce son est aussi un clin d’œil musical au morceau Celte (lien vidéo). On retrouve aussi cet esprit kickeur dans Middle Finger, Michael Jackson, Podium, Skywalker ou encore Jiujitsu.

A l’opposé des morceaux contenant une démonstration de kickage, certains morceaux vont venir bouleverser et apaisé ce côté obscur du fils de Maitre Windu, le morceau Papillon en est la preuve. Effectivement, dans ce titre qui exprime une volonté de s’échapper du quotidien parisien, S.Pri Noir rappe ses couplets et chante le refrain. Cette volonté de chanter ses refrains montre la diversité musicale de l’artiste, une diversité qu’on retrouve par ailleurs dans Follow Me. Des morceaux comme Narco Poète ou encore Fusée Ariane sont des morceaux plus calmes et très planants où les refrains restent en tête et donnent envie d’être écoutés en boucle. Et enfin le morceau Gavaria, qui n’est présent que sur les plateformes de streaming, donne envie de prendre la voiture et de rouler à fond sur l’autoroute tellement le morceau est entrainant.

Par ailleurs, cet album complet musicalement est aussi accompagné de plusieurs invités d’univers musicaux variés. Tout d’abord, sur le titre Finesse, qui est un titre où S.Pri Noir va mélanger le kickage et la mélodie, on y découvre la présence du groupe Haute. Si on devait imager ce morceau, on mettrait S.Pri Noir dans la peau d’un joueur de football, et plus précisément d’un attaquant, qui à travers ses kicks : va dribbler efficacement pour arriver face au gardien, et grâce à la mélodie : va tirer en louche au-dessus du gardien, qui représente les codes du rap, pour réaliser un morceau extraordinaire et marquer un but d’anthologie.

Comme autres guest sur ce projet, on retrouve Nekfeu sur Juste pour voir, un morceau symbolique pour les deux rappeurs où ils expliquent qu’à la base ils voulaient juste performer, et que malgré leurs vies différentes, le destin et la musique ont fait qu’ils sont allés plus loin que ce qu’ils imaginaient. Le morceau suivant intitulé Mon Crew est accompagné de Nemir qui chante en arabe, une nouveauté pour le rappeur perpignanais, ce qui amène une vibe raï et un morceau dance-hall, dans un mood similaire à celui de Chico, bien que celui-ci soit plus dans une vibe latine.

Alors qu’on s’attendait à la présence de Still Fresh sur le projet (sur Jeune Voyou, ndlr), la présence de Viviane Chidid était quant à elle surprenante. La grande chanteuse sénégalaise, qui est aussi la belle-sœur de Youss N’Dour, pose sa voix sur Seck. Seck, qui est un nom de famille très répandu au Sénégal, est un morceau très personnel, aux sonorités africaines où le rappeur raconte l’histoire de sa mère lorsqu’elle a décidé de quitter le Sénégal pour vivre en France. Un morceau poignant lorsqu’on sait qu’il a fini de l’écrire après son décès. 16 Mesures ne mâche pas ses mots et qualifie ce morceau de chef d’œuvre.

Enfin, en plus du morceau sur sa mère, les femmes semblent être un sujet principal pour le rappeur sénégalais. En effet, entre Baby Gyal, où il parle d’une femme qui a un mental de bandit la journée et de princesse la nuit, ou encore Elle a et Love, les femmes sont au rendez-vous. Le morceau Belle et la bête traite lui aussi des femmes, mais cette story-telling est touchante. Effectivement, S.Pri Noir parle des filles de cités qui souhaitent s’émanciper, il explique pour OKLM que cette story-telling est une jonction entre deux personnes de son entourage : une petite de son quartier qui voulait grandir trop vite et une ancienne amie à lui qui est devenue escorte. Le refrain de ce morceau est un véritable coup de cœur musical.

Pour conclure, l’album Masque Blanc est un album aux sonorités musicales hétérogènes dû à ses différentes influences, S.Pri est capable à la fois de kicker mais aussi de faire ses propres refrains. Un album pour tous les goûts et pour tous les moods, on peut très bien se casser la nuque sur des morceaux qui bougent et à la fois se mettre à penser sur des morceaux plus calmes. Une véritable réussite pour le rappeur sénégalais.

5 Punchlines de Masque Blanc sélectionnées par 16 Mesures

« Quand t’arrêtera de faire de l’argent, y’aura plus personne t’aider. » - Nymeria

« Marine Le Pen est une raciste, elle ne peut pas faire semblant. » - Nymeria

« C’est la finance qui tire les ficelles de la démocratie

Et moi, j’suis blanc donc bénéficiaire de leur système raciste. » - Juste pour voir, Nekfeu

« J’fais pleurer ma prose, y’a que ma semence qu’imprègne le mouchoir. » - Jujitsu

« J’vois la maille comme une belle femme à qui j’aimerais bien parler

Et j’vois le monde comme une prison dont j’rêverais de m’évader. » - Jeune Voyou

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