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Nuit, l’insomnie de Jazzy Bazz

· Antoine Boursier

Avec Nuit, sorti le 07 Septembre 2018, Jazzy Bazz signe un retour très attendu depuis P-Town, son précédent projet. Regroupant d’intéressants featurings, avec Nekfeu, Alpha Wann, Monomite ou encore Esso Luxueux, le rappeur parisien nous emmène dans les tréfonds de la nuit au fil des douze morceaux du projet. Retour donc sur cette balade nocturne, dans 16 Mesures.

Connaître Jazzy Bazz

Né en 1989, (29 ans, ndlr) c’est au cours de son adolescence qu’Ivan construit le personnage de Jazzy Bazz. Son nom de scène est un mélange entre une déclinaison du surnom qu’il portait étant plus jeune, « Bazz », et une référence à son père, fan de jazz, « Jazzy ». Le futur rappeur est également fan de football ; supporter parisien jusqu’à la moelle (Paris FC, PSG), l’artiste en tirera d’ailleurs un des titres phares de son premier album, Ultra Parisien (lien vidéo).

Après avoir décidé de quitter son association de supporters pour consacrer sa vie au rap, c’est en compagnie d’Esso Luxueux qu’il formera la Cool Connexion, où ils réaliseront ensemble des morceaux comme Hommes de l’Est (lien vidéo) ou plus récemment Astral (lien vidéo). Par la suite, il s’associera avec des rappeurs du 19ème pour former le collectif Grande Ville, et rejoindra aussi L’Entourage, où l’on retrouve notamment Alpha Wann, Fonky Flav, Eff Gee, Deen Burbigo ou encore le S-Croums (Doums, Mekra, 2Zer, Framal et Nekfeu, ndlr). De ce collectif naissent d’ailleurs d’inévitables classiques, comme Caramelo (lien vidéo), Jim Morrison (lien vidéo) ou encore Les Rois (lien vidéo). A travers ce collectif, Jazzy Bazz exposera également son talent pour les Rap Contenders : une ligue de battle de rap a capella où le but est de clasher l’adversaire. Jazzy Bazz restera ainsi invaincu de la compétition, seul à battre le grand Wojtek et sacré champion de la 5ème édition face à Gaïden, dont voici une compilation de ses meilleures phases : lien vidéo.

Bien qu’il ne soit pas une grande star du rap français, Jazzy Bazz n’en reste pas moins une figure notable. Ce crâne rasé souvent accompagné d’une paire de lunette aux verres rouges et d’une barbe entretenue, le tout suppléé par une plume puissante a enfanté plusieurs classiques du rap français, à l’instar de 64 mesures de Spleen (lien vidéo), issue de son album Sur la route du 3 : 14 en 2012, ou encore Le Roseau (lien vidéo) tiré du projet P-Town en 2016. Cette carrière de plusieurs années déjà, aboutit donc logiquement sur Nuit, second album de l’artiste.

Analyse Nuit

« Le Jazzy Bazz ne fait qu’exceller » Jazzy Bazz, Rap Contenders 5, Jazzy Bazz vs Gaïden

Dans ce nouvel opus, Jazzy Bazz offre au projet une chronologie particulière : à la manière de l’album des Casseurs Flowters, l’artiste emmène son auditeur dans une balade au fil de la nuit. Le projet s’ouvre sur Crépuscule : sur une douce mélodie, on est rapidement invité à fermer les yeux, et à se laisser bercer par la « morphologie linguistique » du rappeur (Le Roseau, ndlr). Le soleil disparaît derrière l’horizon, la lumière se fait rare : l’album commence bien.

Vient ensuite l’un des deux singles déjà sortis : El Presidente (lien vidéo). Autant le dire tout de suite : c’est puissant. Du grand Jazzy Bazz, dès le deuxième morceau : l’artiste manie les mots à la perfection en balançant des phases acérées avec l’aisance et la douceur qui lui sont propres. La prod, entraînante, n’est pas en reste, et fait d’El Presidente une track phare de l’album : Si l’attente a été longue, le retour n’en est que plus jouissif.

Le troisième titre : Eternité, regroupe Nekfeu et Jazzy Bazz pour une première collaboration. Simple, efficace, les deux parisiens kickent tranquillement pour décrire un thème récurrent à l’album : la notion d’infinité (que l’on retrouve dans Crépuscule ou encore Léticia).

Autre morceau intéressant du projet et lui aussi déjà clippé, Leticia (lien vidéo). Dans ce quatrième titre de l’album, Jazzy Bazz décrit son amour pour Leticia, et son impuissance face à l’ignorance de celle-ci à son égard. Ici, l’artiste nous livre une chanson à cœur ouvert, et décrit sa peur de dévoiler ses sentiments à son aimée. Mention spéciale au refrain, dans lequel Jazzy Bazz utilise l’homéotéleute « Leticia […] Lutetia » pour faire écho à l’affection qu’il porte à sa ville de cœur, Paris. (« Lutetia », ayant donné Lutèce, était le nom latin désignant la ville française, ndlr)

On poursuit ensuite avec l’étonnant Buenos Aires – Paris, dans lequel l’artiste kick sur une prod étrangement entêtante. Titre agréable, Jazzy Bazz propose une plaisante dualité dans son morceau pour illustrer les deux destinations du voyage. Mais les douze coups de Minuit sonnent déjà pour donner un interlude très doux, chanté par Sabrina Bellaouel ; une deuxième facette de la nuit s’offre à nous.

Après Minuit, le morceau suivant est Sentiments, avec pour guest : Lonely Band. Ici, l’artiste nous invite à réfléchir sur un son très calme et chantant. Jazzy Bazz n’hésite pas à donner de la voix en réponse à Lonely, pour un final séduisant, et très doux. Si l’on est bien loin de l’acerbe Roseau ou du dérangeant Joker (lien vidéo), le rappeur parisien s’en sort parfaitement pour proposer un titre soigné et plaisant.

Mais puisqu’on parle de kicker, venons-en à Stalker. Ce huitième morceau nous offre la présence de Bonnie Banane et une seconde collaboration avec Nekfeu pour accompagner Jazzy Bazz. Dans ce son, les deux rappeurs kickent de manière très efficace pour aborder un thème inhabituel : l’espionnage d’une femme pour qui ils éprouvent des sentiments sur les réseaux sociaux. Le refrain, porté par Bonnie Banane, offre un contraste bienvenu avec les 16 mesures des deux parisiens. Que cela soit pour Stalker ou Eternité, les deux compères de l’Entourage nous offrent des textes impeccablement travaillés.

L’heure tourne, et la nuit avance. Le parisien ne semblant toujours pas trouver le sommeil, on trouve donc le morceau Insomnie, en compagnie d’Alpha Wann et Esso Luxueux. Ici, les 3 rappeurs nous emmènent dans un demi-sommeil cotonneux, pour traverser un Paris désert et contrasté. Le couplet d’Alpha Wann est bienvenu pour trancher avec le style plus doux et posé de Jazzy Bazz. Morceau particulièrement réussi donc, la forme du son accompagnant parfaitement le thème de l’insomnie.

A la suite de ce son vient l’impressionnant Parfum. Simplement accompagné d’une guitare et d’une trompette, Jazzy Bazz réalise ici un véritable tour de force... Parfum est, pour 16 Mesures du moins, le coup de cœur ultime de l’album. L’artiste expose un texte extraordinairement bien écrit sur une prod aux sonorités Jazz, nous rappelant là l’amour porté par Jazzy Bazz à ce style musical.

Après le son Rue du Soleil, en feat avec Monomite, dans lequel l’artiste propose un avant dernier son planant et nous rapprochant là-encore du spleen nocturne de Jazzy Bazz, l’album se termine sur le morceau Cinq Heures du Matin. Venu clore le projet en beauté, le rappeur parisien revient sur la nuit qu’il vient de vivre et sur sa vie en générale ; livrant ses angoisses les plus profondes, Jazzy Bazz déclare ici son amour pour la nuit une dernière fois.

En conclusion, le rappeur parisien de l’Entourage nous propose un projet extrêmement intéressant, à la thématique soignée et parfaitement cernée par les sons qui le composent. Si l’absence de morceau de kickage vraiment virulent pourra être regrettée par certains, il ne fait aucun doute que Nuit ira à ravir aux nostalgiques de l’éternel 64 Mesures de Spleen.

5 punchlines de Nuit sélectionnées par 16 Mesures :

« J’serai un vrai bonhomme quand j’saurai dire « je t’aime » » Crépuscule

« J’me demande souvent si un xénophobe à l’étranger se déteste » El Presidente

« Pourquoi je mettrais de l’eau dans mon vin, j’mets déjà pas de coca dans mon skye ? » El Presidente

« Accorde-moi juste une nuit, J’empêcherai le soleil de se lever le temps d’une vie » Leticia

« Sous la jaunisse des lampadaires, mes chagrins dans un jardin secret » Parfum

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